Et si nous parlions de sexe ?

L'humain d'aujourd'hui a tendance à vouloir oublier ses origines mammifères, à se vouloir détaché de son corps, se penser au-dessus de toute loi naturelle, tentant ainsi de maîtriser ses pulsions. 

 

S'épilant bientôt entièrement qu'il soit mâle ou femelle, se vêtant de manière unisexe, se « chirurgiant » uniformément, siliconant son corps, alignant ses dents selon les modèles précis, blanchissant sa peau pour certains ou la brunissant pour d'autres de manière à parvenir à une uniformité mondiale, il recherche une uniformisation aseptisée unisexe (qu'elle soit induite ou pas par un quelconque pouvoir).

 

J'évoque bien entendu cette partie de la population des pays industrialisés qui se tourne vers d'autres priorités que sa nourriture, son logement, sa sécurité, sa liberté ou sa santé. Fermant ici la parenthèse, il est intéressant de noter, à ce sujet, que ce sont les autres populations davantage préoccupées par leur survie qui présentent un taux de fécondité plus élevé. 

 

Cette aseptisation des corps, bien au-delà de l'hygiène, fait abstraction du schéma basique de l'être humain, notamment du fameux cerveau limbique, pourtant siège de nos réflexes vitaux, dont une grande partie de nos instincts sexuels. Prenez la sexualité chez les autres mammifères : « la brebis, au moment de la période de reproduction, émettrait des substances attractives (…) elle est également sensible à l'odeur du mâle ». Il suffit de comparer rapidement le système olfactif humain à celui de deux autres mammifères pour comprendre nos pertes de repères au fil de notre évolution. 

 

Si notre système olfactif semble diminué par rapport à celui des autres espèces, il a en revanche bénéficié du développement exceptionnel de notre cerveau, établissant ainsi des liens différents et tout aussi efficaces. 

 

Selon les travaux de Joëlle Pellegrin Oldenbourg :

« L'odorat chez l'humain emploie la voie directe limbique-cortex par une chaîne de deux neurones seulement . Ce lien étroit entre l'odorat et le système limbique, explique pourquoi les impressions olfactives affectent l'état mental et physique à un point parfois plus fort que la vue ou l'ouïe. »

« Ainsi les femmes sont-elles particulièrement sensibles à certaines odeurs, musc par exemple, au moment de l'ovulation, alors qu'elles ne décèlent pas d'autres odeurs selon la période du cycle menstruel ». Rappelons à ce sujet la différence entre l'homme et la femme dont on doit tenir compte. Il est également fait état de l'importance capitale de la lumière du jour sur l'activité sexuelle, notamment sur la production de mélatonine. Les récentes et nombreuses études sur la reproduction du mammifère, ce comportement ancestral basique qui fait que nous sommes encore là pour en parler, ne font pas ouvertement le lien entre l'homme ou la femme  et le reste de ses « congénères ». Je préférerais parler ici de pudeur plutôt que d'hypocrisie ! 

 

On continuera alors de s'étonner des troubles de l'érection, des pertes d'envie, du fossé dans la communication qui s'élargit entre l'homme et la femme, de la raréfaction de spermatozoïdes performants ou au contraire de la montée en puissance de déviances et autres perversions dont les plus faibles feront les frais… 

 

Pourquoi nier ? 

Nous ne sommes pas des êtres éthérés, coupés de la Terre nourricière. Le corps a son propre langage. Les odeurs font office de déclencheurs. La vue, l'observation de l'autre, nous donne toutes les réponses à nos interrogations intellectuelles. Le toucher parle autant que les mots : un corps qui fait un pas en arrière vous en apprendra davantage qu'une heure de justification verbale sur le « oui », le « non » ou le « pourquoi pas »… Nous pouvons jouer de ce côté mammifère sans pour autant craindre de retomber dans une négligence corporelle digne de l'homme des cavernes. Faisons confiance à nos instincts au cœur d'une relation entre adultes librement consentie : il suffit d'ouvrir nos portes intérieures. 

 

L'humain peut ne pas pouvoir "fonctionner sur commande".

Comme le reste de ses congénères, il a besoin d'une mise en scène, de signaux physiques, de préparation psychologique, ce qu'on appelle dans le vocabulaire animal « une cour ». Alors, faites donc la roue du paon, poussez le chant du coq, affichez votre intérêt, mettez l'autre en avant, montrez-vous cajoleur, enjôleur, séducteur, sûr de vous, félin et animal, davantage que performant sur les positions du Kama Sutra ou la durée de l'acte. 

 

Un rapport sexuel épanoui est une ode à la vie, une lettre d'amour à l'énergie qui nous entoure, un remerciement à nos ancêtres, un passage de relais à nos descendants ou tout simplement un merveilleux moyen de communication, presque de communion, avec l'autre mais aussi avec soi-même, un moment de réconciliation fondateur. 

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